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Destins exceptionnels : Jeanne Fontaine

"Destins exceptionnels" est une série d'articles dressant le portrait de figures de l'aviation ayant marqué la grande histoire de l'aviation.


Jeanne Fontaine fut la première femme hôtesse de l’air en France et, peut être même, au monde. En fait, elle fut hôtesse de l’air avant même que le mot n’existe. Le récit de sa vie est, en effet, très étonnant. Vous allez comprendre comment une vocation peut parfois tenir du hasard.


Née Jeanne Antoinette Lagrue, le 29 août 1897 à Génelard, en Bourgogne (Saône et Loire), elle se marie avec Amédée Ridard le 27 mai 1915 (il décèdera en 1929). De leur union naitra "René" Camille Ridard en 1915, qui deviendra pilote professionnel.


En 1921, elle se trouva, pour accompagner un ami, du coté de la gare du Bourget, au nord de Paris. Par hasard, ils croisèrent une connaissance de celui-ci. Il s’appelait Paul Peuillot et était l'un de ces pilotes désœuvrés qui cherchait vainement à gagner sa vie, après la Première Guerre mondiale. Il avait visiblement de gros problème d’argent, alors Jeanne Ridard lui fit une proposition : "Emmenez nous faire un tour en avion et nous vous paierons. Cela vous fera un petit apport d’argent".


Jeanne Ridard fit ainsi son baptême de l’air et Peuillot gagna 40 francs. Ensuite, elle se dit : "Et pourquoi ne pas essayer avec d’autres personnes ?" Etant assez entreprenante, elle n’eut aucune difficulté à trouver d’autres volontaires pour un vol en avion. Ainsi Peuillot fut tout heureux d’avoir 120 francs à la fin de la journée et il les invita au restaurant le soir.


© AB Corporate Aviation - En voir plus ici

Cette journée donna des idées à Jeanne. Entre 1922 et 1924, elle organisa au Bourget des meetings aériens, avec des pilotes comme Adrienne Bolland et Maurice Finat. Elle s’occupait des billets et elle accompagnait déjà, parfois, des passagers pendant leur baptême de l’air.


Elle se dit alors, que cela pouvait se transformer en activité professionnelle. En 1919, une compagnie aérienne venait d’ouvrir, la CAF, pour Compagnie Aérienne Française. Fondée par Henri Balleyguier, elle prônait toute forme de "travail aérien" : baptême, promenade, taxi, photographie, messagerie... Entre 1920 et 1938, la compagnie déploie ses ailes aux quatre coins de la France métropolitaine et de son Empire colonial. En 1924, Jeanne Ridard se fit alors embaucher pour rechercher des passagers volontaires à Paris et pour les accompagner, avec un autocar de la compagnie, jusqu’à l’aéroport du Bourget.



coll. Gérard Morel - © Airline Timetables Images
coll. Gérard Morel - © Airline Timetables Images

Mais, il y avait un sérieux problème… Parfois, elle leur disait que c’était pour aller voir les avions. Nombre d'entre-eux, volontaires à Paris, l’étaient beaucoup moins, quand ils se retrouvaient au pied de l'aéronef et qu’on leur proposait d’y monter ! Il fallait les rassurer et, pour certain, c’était très difficile. Il faut dire qu’à l’époque, les avions n’inspiraient pas toujours confiance.

Certains prétextaient qu’ils avaient le vertige. Elle leur expliquait alors qu’on n’a pas le vertige en avion. D’autres, tenaillés par la peur, faisaient leur testament avant de décoller. Il fallait les rassurer par tous les moyens. Souvent, cela ne suffisait pas, alors Jeanne Ridard compris qu’il fallait absolument qu’elle monte dans l’avion avec eux. C’était le seul moyen de leur faire apprécier, un peu, leur baptême de l’air. Le responsable de la CAF lui fit confectionner un bel uniforme, et c’est ainsi qu’elle devint la première hôtesse de l’air, avant même que cette profession n’existe.


Les avions étaient de qualités très variées, surtout au début. Des Dorant AR1, Nieuport Delage, Morane de la Grande guerre réaménagés et des Farman 190. Un vol pouvait coûter de 25 francs, pour un simple baptême, à 150 francs, pour un survol de la capitale. Assise près du pilote, Jeanne pouvait juger en un coup d’œil l’angoisse qui étreignait certains passagers. Elle leur expliquait ce qu’ils voyaient pas la fenêtre, pour ceux qui avaient le courage de regarder.


Les vols furent l’occasion de nombreuses aventures et mésaventures. Un jour, au-dessus de Paris, l’avion perdit son hélice. Pour beaucoup de pilote, on l'imagine, cela pouvait être un moment compliqué à gérer, surtout quand on est au-dessus d’une grande ville. Mais ce jour là, le pilote était quelqu’un de sûr et d'expérimenté. Il se tourna, paisiblement vers les passagers et leur dit : "L’aviation, c’est merveilleux quand cela ne fait plus de bruit…" Et il alla en vol plané, se poser à Issy-les-Moulineaux, au milieu d’un match de football !

Un autre jour, le Farman Goliath finit son atterrissage sur le nez, en pylône. Les douze passagers se sont tous retrouvés les uns sur les autres, dans le couloir de l’avion. Il a fallut les descendre un par un, en les portant sur le dos. Ils avaient mal un peu partout. l’une des passagères avait sa robe déchirée. La Compagnie Aérienne Française remboursa la robe sans attendre : il ne fallait surtout que cela fasse de la contre publicité à son activité.


Jeanne Ridard disait que les avions n’étaient pas toujours sûrs. Mais, que dire des pilotes... Avec certains d'entre-eux, elle montait sans aucune crainte, tandis que d'autres étaient vraiment douteux. Mais c’était le métier, il fallait embarquer quoi qu'il en coûte. Néanmoins, elle y côtoiera des légendes de l'aviation, notamment Antoine de Saint-Exupéry en 1924.



C’est alors que les premières lignes aériennes régulières furent créées. Jeanne Ridard devint officiellement hôtesse de l’air sur la ligne Paris – Bruxelles pour la Compagnie Aérienne Française. Successivement devenue directrice commerciale de l'agence CAF du Bourget et chef d'escale de l'agence sise au 25 rue Royale à Paris, elle fera ensuite son entrée au conseil d’administration, où elle côtoya l'avionneur Henri Potez.


Elle assumera ses responsabilités au sein de Compagnie Aérienne Française jusqu'en 1940. Durant l'occupation, Jeanne Fontaine s'engagera dans les mouvements de résistance en Bourgogne et sera arrêtée trois fois.

Le 4 août 1945, Jeanne se remarie avec Adolphe Fontaine (1898-1961) et adoptera le patronyme sous lequel le monde de l'aviation se souviendra d'elle.



L’apparition des grandes compagnies aériennes et le développement du métier d’hôtesse de l’air fit considérablement évoluer la qualité de service dans le transport en avion. Jeanne Fontaine continua à travailler au Bourget et dirigera une entreprise du bâtiment. Ella raconta ses aventures en 1976 dans la série télévisée de Daniel Costelle sur l’Histoire de l’Aviation.


Ancrée au Bourget, elle habitera notamment la Cité 212 (Habitation à Bon Marché), où résidera également André Lapierre, mécanicien de Jean Mermoz. Elle décèdera le 2 mars 1994 à Villepinte, âgée de 97 ans. La commune du Blanc-Mesnil lui a dédié un mail.



Première hôtesse de l’air en France et peut être au monde, Jeanne Fontaine restera, sans aucun doute, une des légendes de l’aviation.


Bibliographie : "En l'honneur de Jeanne Fontaine, doyenne des hôtesses de l'air" - Pierre Lhermitte, 1981



A propos de l'auteur :


Né à Avrillé en 1958, Michel Leclerc a usé ses fonds de culottes à l’aérodrome d’Angers, où il assiste aux Coupes d’Europe vélivoles, aux Rallyes des vins d’Anjou et aux premières Coupes d’Anjou de voltige aérienne. Formé au vol en planeur en 1976, ses études aux Arts & Métiers et le début de sa carrière professionnelle l’éloignent du pilotage. Il y revient une décennie plus tard, en passant sa licence de pilote privé à Lognes. Sa carrière dans l’exploitation pétrolière le mène à beaucoup voyager et voler, cette fois en tant que passager des gros porteurs et à bord des hélicoptères qui l’acheminent sur les plateformes offshore. Sa passion pour l’aviation et son histoire n’a pas faiblit avec les années et Michel écume toujours les meetings aériens, tout en volant à l’occasion sur avions légers.

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